Riccardo

Étant toujours à Milan, hier soir j’ai fait une rencontre complètement inattendue. Je n’avais pas vu Riccardo depuis quelques années. Pour être plus exact, depuis son départ de Cochin en avril 2016. J’étais en train d’acheter, un mot en anglais, un mot en italien, de la mozzarella di Bufala dans un marché loin du centre, et cela m’a fait souvenir un des voyages de Riccardo quand, en rentrant à Paris, il nous a amené de la véritable Bufala. C’était un délice culinaire !

Dans l’après-midi j’ai fini, complètent au pif, par trouver la place de la bourse. Une immense statue représentent une main montrent le troisième doigt à tous ceux qui osent tenter leur chance avec des spéculations et jeux de commerce. Je l’ai vu comme un symbole atroce de la guerre de l’argent. Bien entendu, je l’ai pris en photo et, zut, tout de suite sur Instagram et Facebook. Un quart d’heure plus tard, 15 réactions et 3 commentaires dont un de Riccardo: ‘r u in Milan?’.

On s’est vu dans la soirée pour dîner ensemble. Poporoya est le plus ancien restaurant japonais in Milan. Situé pas loin de l’arrête de métro Lima, dans un quartier calme, ayant une bonne réputation, je suis arrivé là-bas à 21h10. Riccardo est arrivé quelques minutes plus tard accompagné de Maria-Louisa, la copine de son ami qu’était directeur d’une galerie d’art qu’il fréquentais. Il insiste q’on s’installe à l’intérieur et profite pour me parler du patron qui ne faisait pas du tout ses 70 ans – un japonais marrant, avec l’air fêtard qu’était, m’ expliquait Riccardo, tout le temps ivre. Il avait, à une table à côté, Mario Monti, ancien ministre italien. On bavarde et on mange du sushi. Le montre en dessus de l’entre à les heures rangées à l’envers. On est resté une heure discuter de Paris, Milan, Naples, Cluj, des galeries d’art, médecine, de salaires en Suisse. Maria -Louisa est un fille sympathique, économiste qu’aurait voulu étudier la médecine mais s’en a doutée des ses propres capacités et n’a jamais essayée. Elle me fait penser encore une fois que les filles en dehors de Paris sont plutôt normales et agréables. Heureusement que, dans deux ou trois ans, une fois fini mon assistanat, je pourrai m’en évader et avec peu de chance trouver une fille, l’épouser et apporter satisfaction aux ancêtres qui n’arrêtent pas de m’espionner depuis les tombes. J’exagère bien sûr, mais à presque 31 ans je commence à sentir le besoin d’aimer une seule âme et me dédier à ma famille. On s’est séparé dans la Piazza Venezia. Il avait un train pour Naples le lendemain matin tôt et mois encore deux jours en demi à remplir à Milan.

Comme les deux m’ont parlé de l’exposition de Picasso à la Palazzo Reale, je suis allé ce matin. Mais pas avant de visiter le Duomo, merveille architectural qui domine le centre-ville. La cathédrale est impressionnante et d’une grandeur incomparable, mais Picasso, expliqué par un très bon guide, m’a vraiment fasciné. Je suis allé circonspect en sachant que, ce peintre avec ses lignes curieuses créant des tableaux bizarres, m’était habituellement fermé. J’ai fini par tomber amoureux. Mais ce n’était pas son œuvre qui m’a attrapé le cœur mais surtout son esprit. Le chemin dans la musée étant expliqué au fur à mesure, j’ai commencé à entrevoir derrière les images, la géométrie et les couleurs. Je trouvais un Picasso tout neuf qui me parlait pour la première fois. Et je me suis retrouvé dedans. À l’intérieur de ses rêves j’ai rencontré aussi les miennes. Des rêves d’un homme, d’un guerrier ancien dans sa conquête de l’âme des femmes, de l’essence d’une monde trop facilement superficielle. Dans ma laïcité j’ose dire que j’ai obtenu une graine de compréhension.

J’essaye de faire le même chose dans mes poésies, malgré le fait que je suis toujours à une distance immesurable de toute coupe de génie.